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Les Cordées de la réussite

Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître.

Pour sa première participation aux Cordées, le collège Nelson Mandela a remporté le prix Mollat Essais collège grâce à nos quatre jeunes plumes. Le jury a été impressionné par la qualité littéraire de ces quatre textes, leur originalité et par la sensibilité et la maturité de leurs jeunes auteurs. Félicitations à tous les quatre: Lou, Noémie, Ophélie et Alexandre,  pour leurs écrits : Éclats de nous.

Prix remis le mardi 23 Mai 2017, en présence de Monsieur Alain Juppé, Maire de Bordeaux.

Salon Mollat

En visite au salon Mollat

 

 

Nos quatre gagnants: Noémie, Lou, Ophélie et Alexandre

 

Coordées final(2)

Remise de prix par M. Alain Juppé, Maire de Bordeaux

Les cordées de la réussite.

 

Sept élèves de 3ème font partie du dispositif des Cordées de la réussite en partenariat avec la Clesup, classe préparatoire à l’enseignement supérieur, du lycée Camille Julian. Les cordées de la réussite permettent à des élèves de collèges et de lycées de rencontrer des étudiants de classe préparatoire et de s’informer sur l’orientation après le baccalauréat. Durant l’année scolaire, trois rencontres sont organisées.

  • La première a eu lieu le 14 Octobre au lycée Camille Jullian où tous les participants étaient réunis. Ce jour-là ont été présentés la Clesup, les parcours d’orientation et le travail de l’année dans le cadre des cordées. Le thème retenu est l’écriture de soi. Les élèves de collèges et lycées, répartis en groupes pilotés par des étudiants de Clésup, ont travaillé sur quelques extraits de l’essai La dictature de la transparence de Mazarine Pingeot.
  • Le 6 Février, Mazarine Pingeot était invitée dans un salon de la librairie Mollat pour un interview sur son essai. Après une présentation de l’auteure par deux étudiants de Clesup, Mazarine Pingeot a pris la parole et a répondu aux questions posées par les élèves. A la fin, elle a accepté de signer quelques autographes.
  • Enfin quatre élèves ont écrit sur le thème du récit de soi, la subjectivation. Ce travail est accompagné de lectures : des récits autobiographiques d’Annie Ernaux. Leurs écrits concourent pour le prix Mollat Essais qui sera décerné le 23 mai et ont été mis en ligne sur le blog Mollat :

Lien vers le blog Mollat

Nos élèves participent à la cérémonie.

Comme la librairie Mollat est partenaire des cordées de la réussite, une visite de la librairie pour connaître le parcours et les métiers du livre a eu lieu le jeudi 6 Avril. Cette découverte a enchanté les élèves.

À partir de

La place d’Annie Ernaux

 

 

 

                                                                            N                                                                                                                        

L                                                                                 O

   O                                                                                  É

U                                                                                      M

                                                                                             I

                                                                                              E

 

 

Eclats de Nous

 

 

 

                   E                                     A                           E

                   I                                           L               R

                L                                               E          D

           É                                                      X    N

      H                                                             A

   P

O

 

TEXTE 1 : Lou Portelli

Chère Toi,

Cela doit te faire un sacré bond dans le temps, non ? Moi-même j’ai du mal à me projeter si loin. Mais ce n’est pas le sujet. J’ai quinze ans quand je t’écris cette lettre mais toi, je ne sais pas. Trente, quarante ou même peut-être plus ! Ces quinze ans signifient que je suis en troisième et tu te souviens sûrement de mon brevet. Je pense que j’ai assuré. La scolarité a toujours été mon point fort, souvent à défaut de certaines autres activités.

J’imagine qu’en relisant ces quelques lignes, tu t’es déjà replongée dans mes souvenirs de collège. Tu me vois parcourir les couloirs, parler avec quelques professeurs que j’aime bien ou encore rire aux éclats dans cette cour de récréation qui a connu bien plus que des rires.

Mais tu te rappelles la peur que j’ai ? Je pense que pour toi maintenant, cela doit te sembler idiot mais j’ai quand même peur. Tout ce petit monde, qu’au fil des années j’ai essayé de construire autour de moi, va bientôt s’écrouler. On s’en va. Au lycée. Je te raconterai cet épisode plus tard, pour l’instant, il faut que je finisse ceci. Tu dois te demander alors pourquoi j’ai autant peur. Je vais laisser tous mes amis et m’éloigner de mon enfance. En parlant d’amis, j’ose espérer que tu te souviens encore de certaines têtes. Peut-être que tu es encore en contact avec quelques-unes. Es-tu toujours avec mon amoureux ? La petite fille romantique que je suis l’espère mais j’en doute.

Je pourrais te raconter plein d’anecdotes, des petits détails de ma vie de collégienne mais je m’en tiens au projet dont tu fais partie. Un projet d’écriture. Je ne sais pas si tu t’en souviens, c’est ma professeur de Latin qui m’a encouragée à le faire. Et vu qu’en ce moment je suis un peu perdue, j’essaie de laisser ma marque un peu partout. Je suis même déléguée de ma classe cette année. Finalement je l’aime bien ce projet, c’est pour cela que je fais attention à ce que j’écris car on va me lire et relire, plusieurs fois sûrement.

Je finirai par te dire que de nombreux évènements se passent cette année. Alors oui, je suis perdue, encore beaucoup de choix à faire mais je suis sûre que tu as trouvé ce que moi je cherchais. On dira que tu fais partie d’une recherche de moi-même.

Maintenant, tu dois regarder cette période de notre vie avec tendresse et nostalgie. Et tu as raison. Tu as raison car j’ai tout ce qu’il me faut. Les amis, la famille. Il ne me reste plus qu’à imaginer ce que tu es devenue.

Je t’attends donc patiemment,

Lou, ton enfance

 

TEXTE 2 : Noémie Poutaraud

Je ne suis pas sûre de savoir pourquoi ce jour m’a tant marquée. C’était un jour parfaitement ordinaire. Il pleuvait, une pluie typique pour un mois de juin : fine et tiède. Il y avait cette odeur que j’aime tant qui flottait dans l’air, celle de la terre mouillée qui ne l’avait pas été depuis longtemps. Je nageais dans l’eau grisâtre qui reflétait la couleur des nuages dans le ciel. Je nageais, la tête sous l’eau, mes cheveux flottant autour de moi comme une sorte d’aura protectrice.

J’aimais tant sentir l’eau contre ma peau… C’était comme si elle m’effleurait à peine, comme si elle m’embrassait, m’entourait de ses bras froids et réconfortants. La chaleur à l’extérieur était écrasante, étouffante. L’eau, elle, me portait, enlevait un peu du poids qui pesait sur mes épaules. Elle apaisait la douleur, atténuait la tristesse éternelle, qui, comme un tyran, m’imposait son règne dans mon cœur.

D’où venait-elle, cette tristesse ?

Impossible de le savoir. Même ce jour-là, en dépit de l’eau qui me faisait l’oublier un tant soit peu, je savais qu’elle était présente, comme une présence malveillante. Pourtant, je restais incapable d’en discerner l’origine. Pourquoi était-elle là, alors que j’avais tout ce dont n’importe qui d’autre pouvait rêver ?

Sous l’eau, tout semblait calme. Silencieux. Les bruits du monde extérieur étaient comme étouffés. Je n’entendais presque plus, ni la tondeuse du voisin, ni le ronronnement du moteur des rares voitures qui passaient dans la rue près de chez moi.

Le monde, ce monde à part dans lequel je vivais, seule, était plongé dans un silence parfait, mis à part le clapotis de la pluie qui tombait sur la surface presque immobile de l’eau.

Ce sentiment de paix… de liberté ! C’était comme si d’un seul coup, les chaînes qui me maintenaient au sol se brisaient, et qu’enfin je pouvais voler.

Et puis, mon corps commença à hurler, à réclamer son oxygène, en échange de cette précieuse liberté. À contrecœur, je revins à la surface. Et le poids retomba sur mes épaules.

J’avais comme envie d’éclater, là, sous la pluie, mais ma voix était coincée dans ma gorge. Impossible de sortir un son. Sous l’emprise de la tristesse, mes larmes commencèrent à couler, se confondant à la pluie qui tombait, goutte par goutte, sur mon visage déformé par le chagrin, l’incompréhension.

Tout à l’intérieur de moi semblait crier. Mon cœur était en conflit avec ma tête, mes poumons et mon corps, en conflit avec cette envie de retourner sous l’eau, de vivre à jamais dans ce monde où tous les bruits, tous les malheurs devenaient muets…

Et puis, comme dans un rêve, je suis sortie de l’eau. Comme faisait ma mère quand j’étais une petite fille, j’ai attrapé une serviette et me suis enroulée dedans. La tondeuse dans le jardin d’en face et les hurlements à l’intérieur de moi s’arrêtèrent simultanément.

Tout s’était-il réellement passé comme ça ? Peut-être mon souvenir a-t-il changé au cours des années.

Ce dont je suis sûre de me souvenir, c’est de m’être endormie dehors, sur la terrasse en bois, chaude, malgré l’absence de soleil, enveloppée dans ma serviette.

Pour une raison que j’ignore, cette journée, parmi tant d’autres, est restée gravée dans ma mémoire.

Peut-être était-ce ce sentiment de déchirement, de n’appartenir à rien ni à personne qui m’a tant marquée.

Impossible de le savoir vraiment.

Je me demande parfois si, un jour, je connaîtrai toutes les réponses aux questions que je me pose aujourd’hui.

Peut-être. Peut-être pas. Je suppose que je ne le saurai que plus tard.

Mais pour l’instant, je me contente de vivre. Travailler au collège, et passer du temps avec mes amis, ma famille.

Et quant à ce qu’il se passera plus tard… On verra bien – plus tard…

 

TEXTE 3 : Ophélie Vidal

Qu’est-ce qui fait de vous ce que vous êtes ? Votre carte d’identité, votre nationalité, vos origines, votre famille, vos amis, votre caractère, ou peut-être, vos souvenirs, ou vos actes ? Pour ma part, je ne sais pas vraiment ce qui me définit… on a tellement d’identités différentes face aux personnes qui nous entourent.

Mais qui sommes-nous, par rapport à la Terre, à l’Univers, au Temps et à la Mort ?

Un tas de cellules, d’atomes, une seconde parmi des milliards d’années, une simple âme à faucher. Je n’ai que quinze ans, et déjà, ces questions me trottent dans la tête. Qui suis-je, vraiment, face à cette immensité ? À vrai dire, si j’écris cela, c’est parce que cette année, en classe, on nous a incités à réfléchir sur le genre autobiographique. Et il faut écrire sur soi.

Je n’ai que quinze ans, pas soixante ans ! Je n’ai pas vu assez de choses, je n’ai pas vécu assez longtemps. La vie d’une adolescente n’est intéressante que lorsque l’auteur a vécu une guerre, ou un évènement important. Ma vie est d’une banalité morbide. Mais bon, il faut se prêter au jeu.

Quand j’ai commencé à me poser toutes ces questions, je crois que j’avais sept ans à peu près. Je me souviens, cette journée était ordinaire, rien de très intéressant. Enfin, c’était plutôt une soirée.

Nous étions chez mes grands-parents, ma sœur, mes deux cousines et moi. Ma sœur et la plus grande de mes deux cousines étaient sorties pour se promener dans le village. Ma cousine (la plus petite, qui avait seulement deux années de plus que moi) et moi, ne sachant pas quoi faire, avions décidé de partir en balade nous aussi.

La nuit était déjà tombée, mais il faisait très doux. Les grillons chantaient, une douce brise faisait voler nos cheveux, et le ciel noir de la nuit brillait de ses plus belles étoiles.

Nous marchions vers le parc où il y avait deux chemins : l’un nous faisait passer par les champs et nous faisait arriver derrière l’église du village. L’autre, on l’appelait le chemin de la Forêt Interdite ou le chemin de Mirkwood parce que nous étions de grandes fans d’Harry Potter et du Seigneur des Anneaux (nous le sommes toujours, d’ailleurs, mais ce n’est qu’un détail). Ce dernier chemin nous emmenait dans les bois. Nous avons décidé en même temps, avec ma cousine, que nous passerions par là.

Nous avons marché encore un petit moment, jusqu’à ce que nous arrivions dans mon endroit préféré : une petite plaine, entre les arbres. Normalement, nous n’y allions que le jour, jamais la nuit. Pourtant, je me suis rendue compte, cette soirée-là, du magnifique spectacle que nous manquions chaque soir.

Quand nous sommes arrivées, il y avait une vingtaine de lucioles qui éclairaient l’endroit. J’ai regardé ma cousine et je me suis mise à courir à travers la plaine, jusqu’à ce que je tombe dans l’herbe humide.

Ma cousine me rejoignit rapidement et nous regardâmes les étoiles pendant près d’une heure. C’est à ce moment précis que cette question me vint à la tête : qui suis-je, vraiment, face à cette immensité ? Qu’est-ce qui me définit ? Qu’est-ce qui fait de moi qui je suis ?

Une seule question en avait soulevé des dizaines d’autres. J’étais face à l’Univers, dos à la Terre, et au Temps qui s’écoulait, et qui me rapprochait lentement de la Mort.

J’étais comme face à un jugement, un jugement de la Vie. Je fus prise d’une angoisse soudaine. Et si ces questions restaient sans réponses ? Si je n’arrivais pas à répondre à même l’une d’entre elles avant de mourir ?

Voilà comment à sept ans, j’en suis venue à me poser toutes ces questions. Bien entendu, je me les pose toujours. Et je n’ai toujours pas trouvé de réponses. Mais je compte bien vivre ma vie jusqu’à en trouver…

 

TEXTE 4 : Alexandre Bourdié

Tout seul, vraiment seul, me tournant les pouces en essayant de dormir, réussir à ne plus penser à ce souvenir qui me hante, qui me remémore de malheureuses choses…

24 Avril, bientôt mon anniversaire, j’allais fêter mes neuf ans, j’étais en train de préparer les festivités.

J’avais distribué mes invitations de couleur bleue, ornées de trois étoiles dorées, au bas de chaque carton. Au-dessus, il est écrit : « Samedi, 14 h 30 13 rue Jean Péraud, j’attends ton arrivée ».

Samedi matin, le jour « J », j’étais fin prêt. Décorations installées, gâteau alléchant de ma mère sur la table, j’attendais les invités, il n’y avait pas que mes amis, il y avait aussi la famille au complet. Je venais à peine de finir de déjeuner que j’entendis déjà quelqu’un toquer, je cours à grande vitesse jusqu’à la porte, l’ouvre mais mon impatience à voir un invité est  immédiatement stoppée : c’est le facteur qui apporte  un colis. J’appelle ma mère pour la signature du reçu. Je lui demande avec enthousiasme ce que ce carton peut bien contenir, elle me répond que je le découvrirai le moment venu.

Les invités commencèrent à arriver, d’abord mes amis puis j’attendis que la famille et les quelques copains se présentent aussi. Je fus déçu de voir qu’il manquait cinq de mes amis, mes cousins du côté de mon père, mes grands-parents paternels et ma tante, la personne que je préfère le plus dans ma famille, hormis ma mère à qui je fais tout aussi confiance. En fin de compte, l’ambiance n’était pas vraiment comme je l’imaginais ; nous avions seulement joué dehors et un peu aux jeux vidéos, nous avions mangé le gâteau, plus aucune miette ne restait. Les invités étaient partis presque tous simultanément à 17h 30. J’avais aidé mes parents à débarrasser et tout ranger.

Une fois ma tâche accomplie, je courus à ma chambre avec les quelques cadeaux que j’avais reçus, m’installai sur mon lit et je me mis à penser. Pourquoi la journée ne s’était-elle  pas bien passée comme prévu ? Je n’allai pas manger et je restai au lit. Au bout du compte ma journée était gâchée, j’étais triste que tous les invités ne soient pas venus, du moins ceux qui manquaient et sur qui je comptais tant. J’essayai de m’endormir mais j’attendis….

Maintenant, j’ai quinze ans, et avoir relu cette lettre m’a fait penser à quel point j’étais émotif dans mon enfance. Je m’attristais pour un rien. Mais tout cela est si loin maintenant…